
C’est notre rentrée politique ! Les élections régionales ayant lieu en 2021, la rédaction de Blois 2020 Le Grand Détournement a décidé de vous proposer une nouvelle formule sous forme de billet d’humeur.
En 1974, Charlton Heston incarnait le détective Franck Thorn dans le film d’anticipation : Soleil Vert(1). Cette adaptation d’un roman éponyme d’Harry Harrison, réalisée par Richard Fleischer, nous montrait un futur apocalyptique (New York en 2022 brûlant sous la canicule) dans lequel les hommes ayant épuisé toutes les ressources naturelles essayaient de survivre dans un monde ultra répressif, voire totalitaire. La famine s’installant, seul le « soleil vert », un aliment en forme de galette fabriqué à partir de plancton, parvenait à nourrir la population. Accompagné de son fidèle ami, l’utopique Franck Thorn découvrira l’effroyable réalité de cette société inhumaine(2).
Remis sur le devant de la scène lors de l’épisode du confinement généralisé, cette œuvre est devenue en quelques semaines l’un des étendards des nouveaux écolos.
Guillaume Peltier, député de la 2ème circonscription de Loir et Cher, organisateur de la fête de la violette à La-Marolle-En-Sologne ce samedi 19 septembre, aurait dû revoir une « VHS » de ce mythique plaidoyer tant ses propos sont apparus singuliers, voire archaïques dans sa critique de la politique écologique contemporaine.
« Je suis très inquiet des prises de position de plus en plus idéologiques et dangereuses des Verts d’extrême gauche. L’écologie mérite mieux que l’écologie punitive, l’écologie mérite mieux que les Verts. C’est un combat culturel que nous devons mener contre la vision dangereuse des Verts »(3).
Le bon sens par la droite
C’est par ces mots peu communs, lors d’un entretien accordé à la NR du 14 septembre dernier, que le vice-président délégué du parti Les Républicains, lança son « probable » combat dans la bataille aux prochaines élections régionales ; visant à demi-mot la présidence de la région Centre Val de Loire.
Lors de sa traditionnelle Fête, entouré de nombreux sympathisants et militants ancrés à droite (mais finalement sans Jean Louis Borloo) le numéro 2 des Républicains a réclamé une « révolution du bon sens » fondée sur « le travail, l’ordre (et) l’écologie populaire » – devise sitôt envoyée par télégramme à la Revue des Deux Mondes (non, non…on déconne !)
Cette position stratégique va à l’encontre de toutes les dispositions du mouvement Europe Écologie Les Verts qui a le vent en poupe depuis un soir du 26 mai 2019.
Dans sa présentation et devant un parterre ébahi et conquis, le futur candidat s’est fait le chantre d’une droite sociale « à la papa ». Outre les sempiternelles propositions sur l’ordre et la morale (ça c’est un autre film), contre l’Islam politique mais pour les sapins de Noël, il déclina tout un tas de dispositifs tels que la TVA à 0% pour la vente directe des agriculteurs, pour les classes moyennes qui veulent rénover de façon thermique leur logement privé, pour tous ceux qui prennent un TER, un tramway ou un transport public ou encore que les sociétés d’autoroute soient mises à contribution à hauteur de 1 milliard d’euros chaque année pour permettre à chaque Français des classes moyennes d’acquérir un véhicule propre, qu’il soit électrique ou à hydrogène ; soit une vision « pater familias » de l’écologie et du monde qui l’entoure. Bref, la bonne vielle droite est de retour !
Normal quand on connaît le parcours politique sinueux de l’ambitieux ex-professeur d’Histoire-géo. Adhérent en 1996 au Front National de la Jeunesse sous l’égide du père de Marion Maréchal Le Pen, il décide de rallier « Brutus » en assistant au congrès du Mouvement National Républicain, puis il rejoint Philippe De Villiers dont il sera le porte-parole lors de la présidentielle de 2007.
Il finira par rejoindre l’Union pour un Mouvement Populaire en 2009 dont il deviendra le vice-président et dont il assumera l’encrage à droite ; pêle-mêle il fustigera le panurgisme des députés, dénoncera l’assistanat de masse, prônera la valeur travail ainsi que la laïcité (parce que son adversaire est l’islam politique) et finira donc en apothéose en criminalisant le comportement des Verts ; Nicolas Perruchot a dû lui souffler une partie de son texte(4).
On peut ne pas adhérer aux idées d’EELV mais, balayer d’un revers de mains la prise de conscience écologique française dernières années (chaque élection est là pour nous le rappeler) en un meeting, il fait fort le Guillaume !
Au final, une (grande ?) figure de son bord politique déclarait il y a bientôt vingt ans : « notre maison brûle et nous regardons ailleurs »(5), quelque part une sorte d’allégorie de Soleil Vert. Nous aurions bien aimé présenter ce film à Guillaume Peltier, mais il se serait s’en doute trouvé plus de points communs avec Charleton Heston qu’avec Franck Thorn.
(1) Soleil Vert, MGM 1973
(2) Les galettes sont en fait fabriquées avec de la chaire humaine
(3) La NR 14/09/2020
(4) La NR 14/09/2020 – Vœux de Nicolas Perruchot
(5) Jacques Chirac 02/09/2002








